C’est un grand hommage à la profondeur du travail de Flannery O’Connor que celui-ci proceed de générer une littérature secondaire de qualité plusieurs années après sa mort. Dernièrement, la dialog a pris une tournure philosophique, explorant la pertinence d’O’Connor pour certains des débats déterminants de la philosophie moderne. Un glorious exemple de ce kind de travail est Flannery O’Connor et Blaise Pascal : Recovering the Incarnation for the Trendy Thoughts d’Ann Hartle.
Il s’agit d’une analyse perspicace et parfois brillante de l’œuvre de l’écrivain sudiste. Hartle apporte une contribution précieuse à l’érudition d’O’Connor en la mettant en dialog avec d’importants penseurs modernes, tout en employant également les outils de la théorie littéraire. Hartle explique : « J’aborde le travail d’O’Connor d’un level de vue philosophique plutôt que du level de vue d’un critique littéraire. » Elle réitère plus tard qu’elle « éclaire le sens de ses histoires pour l’esprit chercheur de l’homme moderne ».
Un mode d’analyse intrigant
L’objectif de Hartle est de montrer qu’O’Connor apporte une réponse cohérente et énergique à la « modernité », même si elle comprend la modernité d’une manière très particulière. Elle s’intéresse à la perte de la « imaginative and prescient prophétique », à partir des Lumières, qui fournissait autrefois le prisme à travers lequel nous comprenons « la nature de l’homme, sa chute de l’innocence et la supply divine de la bonté ».
Pour expliquer les courants de la modernité, Hartle emploie une méthodologie intéressante. Elle construit sa dialectique autour de deux « équipes », l’une enthousiaste de la modernité et l’autre bien plus critique. D’un côté, O’Connor est allié à Blaise Pascal, mathématicien français du XVIIe siècle, scientifique et apologiste chrétien, qui partage bon nombre des préoccupations d’O’Connor concernant les profondes déficiences de la modernité. Dans l’autre, nous trouvons le philosophe et essayiste français du XVIe siècle Michel de Montaigne et le psychologue du XXe siècle Carl Jung. Hartle soutient que la modernité, surtout telle qu’elle est apparue au XXe siècle et au-delà, est une calamité pour la foi, la raison et la morale, et que Pascal est l’anti-moderniste par excellence pour développer la philosophie d’O’Connor.
On peut se demander pourquoi Hartle a rassemblé ces personnages historiques comme elle l’a fait, notamment Montaigne. Hartle anticipe notre query en expliquant :
Jung seize l’essence de la conscience moderne, la forme de conscience humaine qui a émergé au début de la philosophie moderne, en particulier dans les Essais du philosophe du XVIe siècle Michel de Montaigne. … Pour comprendre remark O’Connor réagit à la situation moderne, je me tourne vers l’un des critiques les plus acerbes de Montaigne : le philosophe du XVIIe siècle Blaise Pascal.
Bien que Montaigne ait contribué à l’évolution philosophique qui apparel l’homme en lui-même et par conséquent l’éloigne de Dieu, Montaigne était en même temps un catholique et un humaniste dont les essais témoignent de l’insistance d’O’Connor sur la connaissance de soi. Par exemple, son essai « Philosophiser, c’est savoir remark mourir » est utile pour une réflexion personnelle productive. De plus, Montaigne a été influencé par saint Augustin d’Hippone, notamment ses Confessions. S’il est vrai que Pascal a été troublé par certains essais de Montaigne, Pascal a aussi été, à son tour, influencé par Montaigne, tout en adressant de vives critiques à l’essayiste. Pascal a également critiqué René Descartes, qui est une des premières figures plus importantes de l’émergence du modernisme ; en effet, Descartes en est le personnage central. Hartle, cependant, se concentre sur Montaigne plutôt que sur Descartes ; une stratégie raisonnable compte tenu de son experience scientifique sur Montaigne.
Hartle voit chez Montaigne au moins deux caractéristiques qui font de lui une affect plus significative sur la modernité philosophique que certains ne le pensent. Son média d’essai ramène la philosophie au niveau de la rue, accessible à un massive public. Deuxièmement, Montaigne détourne notre consideration du divin vers le seul humain. En effet, et comme le be aware Hartle, Pascal a trouvé l’apparente indifférence de Montaigne à l’égard d’une faith significative profondément troublante, même si, ironiquement, Montaigne en tant que repoussoir a fait ressortir le meilleur de Pascal, non seulement dans le fond mais aussi dans le type aphoristique qui caractérise les Pensées. Néanmoins, les critiques de Pascal sont parfois étonnamment dures, presque viscérales. Au n° 63, il écrit : “Les défauts de Montaigne sont grands. … Il suggère une indifférence à l’égard du salut, sans peur et sans repentir. Comme son livre n’a pas été écrit dans un however religieux, il n’était pas tenu de mentionner la faith ; mais il est toujours de notre devoir de ne pas en détourner les hommes.” La conception de Montaigne de la mort est « païenne », voire « lâche et efféminée ».
Pour certains, cette dialectique peut sembler curieuse ou ponctuelle, mais Hartle be aware à juste titre que Jung et Pascal intéressaient tous deux O’Connor. Cependant, comme c’est généralement le cas pour O’Connor, ses commentaires sur les deux sont brefs et accessoires à d’autres discussions. Elle a dit un jour à Alfred Corn, un jeune homme aux prises avec la foi à l’Université Emory, que Pascal pourrait lui être utile, et elle a fait remarquer à un autre correspondant que « Jung est probablement aussi dangereux que Freud ». Pourtant, O’Connor semble reconnaître le psychologue comme une determine importante digne d’consideration : « Jung a quelque selected à offrir à la faith, mais il est en même temps très dangereux pour elle. » O’Connor a écrit au P. James McCown (et cela confirme la stratégie de Hartle) : « Vous devriez vous procurer [Jung’s writing] juste pour voir ce qu’il faut combattre dans l’esprit moderne.
Pascal et la « Spiritualisation de l’Incarnation »
L’inclusion de Pascal mérite également quelques explications. Sa réponse à la custom cartésienne ne s’appuie pas sur la custom classique ou scolastique, bien qu’O’Connor soit profondément redevable à ces traditions. Pascal a approuvé la capacité et l’obligation de raisonner de l’homme ; dans le même temps, et contrairement à certaines autres figures des Lumières, Pascal a insisté sur le fait que la raison a ses limites, comme il l’affirme : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Il soutient qu’une approche véritablement rationnelle nécessite d’équilibrer la raison avec le mystère divin. « En vérité, tu es un Dieu qui te cache, ô Dieu d’Israël, le Sauveur », écrit Isaïe (45 : 15, KJV). La compréhension du mystère par Pascal aurait sans aucun doute été gratifiante pour O’Connor, tout comme l’appel à l’humilité de Pascal. L’homme est « perdu » dans un « coin reculé de la nature ». Son existence est éclipsée par l’univers.
Hartle explique que sa thèse repose sur la « spiritualisation » de l’incarnation. C’est une phrase intéressante, mais son sens ne va pas de soi et une explication s’impose : elle semble considérer que l’événement chrétien central a été redéfini et donné une « signification purement humaine ». D’autres expressions qui pourraient être utilisées incluent « séculariser l’incarnation » ou « désacraliser l’incarnation ». Joseph Ratzinger (Pape Benoît XVI) a mis en garde contre le « naturalisme », qui réduit le spirituel et le surnaturel à une easy expérience humaine. La phrase de Hartle souligne la manière dont ceux qu’elle critique ont « abstrait » le spirituel jusqu’à le rendre insignifiant.
Descartes prétend raisonner pour parvenir à sa propre existence, puis à l’existence de Dieu ; Pascal, en revanche, déplore la facilité avec laquelle l’homme s’égare étant donné la facilité avec laquelle la raison et les sens induisent en erreur.
Ainsi, par exemple, elle explique que « Jung nie la réalité historique de l’incarnation, la transformant en une easy idée ou un symbole essentiel à la santé psychologique ». En conséquence, « Pascal et O’Connor voient leur tâche comme la récupération de la réalité historique incarnée de l’incarnation pour l’esprit moderne des distorsions de cette spiritualisation. » Ce détournement de l’événement chrétien central est réutilisé dans l’intérêt de « la tentative de l’homme moderne d’auto-création et d’auto-rédemption ». Cela rappelle la réponse bien connue d’O’Connor à la romancière américaine Mary McCarthy (The Group, The Groves of Academe), qui, lors d’un dîner, a insisté sur le fait que l’Eucharistie n’était qu’un symbole. O’Connor a répondu : “Eh bien, si ce n’est qu’un symbole, au diable !”
Fiction et fight
Hartle analyse plusieurs histoires d’O’Connor et démontre à quel level elles constituent des réponses significatives à la modernité : son roman Clever Blood, sa nouvelle « Good Nation Individuals », le deuxième roman d’O’Connor, The Violent Bear It Away, et son souvent anthologisée « A Good Man Is Laborious to Discover ». Toutes ces analyses sont révélatrices ; La combinaison de Pascal et de « Un homme bon est difficile à trouver » par Hartle est la plus easy et la plus convaincante. Dans cette histoire, le personnage du Misfit semble parler au nom d’O’Connor : il est intransigeant lorsqu’il s’agit de la réponse appropriée à la révélation divine. En effet, il affirme que Jésus a « tout déséquilibré ».
S’Il a fait ce qu’Il a dit, alors vous n’avez rien d’autre à faire que de tout jeter et de Le suivre, et s’Il ne l’a pas fait, alors vous n’avez rien d’autre à faire que de profiter des quelques minutes qui vous restent de la meilleure façon attainable – en tuant quelqu’un, en incendiant sa maison ou en lui faisant d’autres méchancetés.
Pour Pascal, les choix ne sont pas moins difficiles automotive il anticipe l’équivoque qui caractérise l’époque moderne. Il affirme,
Il n’y a que trois sortes de personnes : ceux qui ont trouvé Dieu et le servent ; ceux qui sont occupés à le chercher et ne l’ont pas trouvé ; ceux qui vivent sans le chercher ni le trouver. Les premiers sont raisonnables et heureux, les derniers sont insensés et malheureux, ceux du milieu sont malheureux et raisonnables.
Comme le Misfit, Pascal ne suggest pas de juste milieu. Il affirme qu’il existe « une distinction absolue entre ceux qui s’efforcent de toutes leurs forces d’apprendre et ceux qui vivent sans s’en soucier ni y penser ». Cette « torpeur surnaturelle » est une « selected monstrueuse ».
Il a peu de sympathie pour les individus qui ne sont pas brutalement honnêtes avec eux-mêmes : « Je ne peux qu’approuver ceux qui cherchent en gémissant. » Plusieurs personnages d’O’Connor ont la possibilité de répondre à la grâce avec rien de moins qu’une honnêteté brutale.
Descartes prétend raisonner pour parvenir à sa propre existence, puis à l’existence de Dieu ; Pascal, en revanche, déplore la facilité avec laquelle l’homme s’égare, tant la raison et les sens induisent en erreur. Bien plus, la raison et l’expérience sensorielle peuvent être bouleversées par les passions. Il explique : « Ces deux sources de vérité, la raison et les sens… se trompent tour à tour. » Les facultés « rivalisent en mensonge et en tromperie ».
Hartle démontre en outre que malgré tous ses prétendus pouvoirs de raisonnement, Hulga, dans « Good Nation Individuals », est piégée dans une auto-illusion précisément à trigger de sa raison mal orientée, aggravée encore par son doctorat en philosophie. De plus, ses sens défaillants la conduisent en erreur vers la rencontre malheureuse avec Manley Pointer, l’emmenant jusqu’à un level de non-retour où le chasseur devient le chassé. Hartle observe que « la jambe de bois de Hulga seize la situation de la personnalité sous l’emprise de la conscience moderne : il manque quelque selected d’essentiel ». Hulga est, pour emprunter l’expression de Pascal, « sans grâce », même si le lecteur soupçonne que son humiliation abjecte peut révéler son intervention divine. Cette possibilité est suggérée par le mirage de Pointer alors qu’O’Connor décrit Hulga observant le fake vendeur de Bible, emportant sa jambe de bois. Elle écrit : « Lorsqu’elle tourna son visage tourmenté vers l’ouverture, elle vit sa silhouette bleue se débattant avec succès au-dessus du lac tacheté de vert. » L’phantasm de sa capacité à « marcher sur l’eau » suggère que, aussi mauvais qu’il soit, Pointer est l’instrument involontaire de la grâce de Dieu pour creuser un fossé dans l’conceitedness puérile de Hulga. Comme le be aware Pascal, « le mal est facile et a des formes infinies ».
Le livre de Hartle nécessite une lecture approfondie, même de la half d’un lecteur bien informé, mais cela en vaut la peine. Sa stratégie innovante est couronnée de succès et donne un aperçu approfondi des préoccupations et du travail d’O’Connor. Peut-être que des sous-titres dans les chapitres pourraient être utiles, et certains pourraient apprécier un premier chapitre sur Pascal, Montaigne et Jung pour préparer le terrain pour leur emploi dans le projet de Hartle.
Petites objections mises à half, l’analyse d’O’Connor par Hartle sonne vrai dans pratiquement tous les cas ; ses observations ne sont ni nettes ni plates, et sa combinaison de Pascal et O’Connor est une harmonie agréable – le contraste avec Montaigne et Jung est à juste titre cacophonique. Flannery O’Connor et Blaise Pascal : Récupérer l’incarnation pour l’esprit moderne est à ne pas manquer. En outre, comme O’Connor et Pascal, la seule réponse conséquente à la mauvaise orientation de la modernité est, en fin de compte, la conversion religieuse. Une telle conversion, bien que encadrée par la raison, est une affaire de cœur.

















